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Jenny LEGRAND
(Active vers 1800 – 1835)

 

Mère préparant un repas de poissons et jouant avec son fils

Huile sur panneau
Signé et daté 1814 en bas à droite
45,5 x 55,5 cm

 

Exposition: Salon de Paris de 1814 sous le numéro 615, Un intérieur

 

Très peu d’éléments biographiques nous sont connus concernant cette artiste, qui exposa pourtant presque sans discontinuer au Salon de 1801 à 1831.

Née à Paris, elle fut l’élève du peintre François Leroy de Liancourt (1741-1835), spécialisé dans les aimables scènes de genre pastorales.

Elle exerce, au sein de la peinture de genre sous l’Empire et la Restauration, dans un style bien à elle, celui des intérieurs domestiques (cuisines, granges…) à l’atmosphère paisible et silencieuse, animés d’un ou quelques personnages, qui rappellent, aussi bien dans la facture lisse et soignée que dans la thématique, les peintures flamandes du début du XVIIème siècle.

De manière générale, les critiques de l’époque louent ses facultés précises et minutieuses d’imitation des objets du quotidien, mais jugent sa facture quelque peu laborieuse. Effectivement, tout en excellant dans le rendu des cuivres, des paniers, des poteries en grès vernissé, du linge, des balais ou encore des aliments, elle exécute ses figures avec moins de brio. Mais ce sont les objets qui sont les vedettes de ses compositions, et ses oeuvres gracieuses exercent au final un réel pouvoir de séduction.

En dehors du Salon de Paris, Mademoiselle Legrand participe régulièrement à des salons et expositions de province, particulièrement dans le Nord à Lille, Douai, Arras ou Cambrai, région probablement très sensible à l’ambiance flamande de ses compositions; elle y obtient d’ailleurs plusieurs médailles et récompenses dans les années 1820. Autre signe de la reconnaissance de ses talents, la présence de deux de ses tableaux dans la collection de la duchesse de Berry, qui lui achète un Intérieur d’une cuisine à l’occasion du Salon de 1819,et un Intérieur d’une grange daté de 1821, tous deux lithographiés par Féréol Bonnemaison.

Au Salon de 1814, où elle est domiciliée 20, rue des Moulins à Paris, elle est pour ainsi dire le seul artiste à exposer ce type de peinture « rustiques » d’inspiration flamande; cette édition du Salon ne comportant par ailleurs quasiment pas de natures mortes ou de scènes de genre intimistes. Ce style est de façon générale, assez peu présent en France au début du XIXème siècle, ses principaux représentants étant Martin Drolling ou Marc-Antoine Bilcoq, ou encore Jean-Baptiste Charpentier, ce dernier étant tout de même plus ancré dans le XVIIIème siècle. Toutefois ces artistes mettent davantage en valeur les personnages de leurs compositions que ne le fait Jenny Legrand.

La palette de nos tableaux, relativement éteinte et dans des tonalités de brun, rappelle celle des frères Lenain.

Une jeune mère prépare un repas à base de produits de la mer; dans un plat rempli de grosses crevettes ou de langoustines, elle en pioche quelques unes pour les mettre dans le chapeau de son fils venu quémander. Etalés sur une table, on trouve trois soles et un poisson de rivière, une carpe, reconnaissable à ses grosses écailles et à sa queue évidée, tandis que d’un panier renversé s’échappent des sardines. Ce type de scène rustique avec adultes et enfants se retrouve souvent dans les tableaux de Gaspard Gresly (1712-1756), artiste franc-comtois spécialisé dans les représentations des gens simples.

Le livret du Salon indique que le tableau N°615 (la femme et son fils) fut « exécuté par le nouveau procédé inventé par Monsieur Paillot de Montabert », qui lui-même exposa deux tableaux selon son procédé. Ce peintre troyen (1771-1849), qui fut élève des néo-classiques Benoît Suvée et Jaques-Louis David au début du XIXème siècle, est davantage resté dans l’histoire de l’art en tant que théoricien, avec plusieurs ouvrages dont le plus connu est le « Traité complet de la peinture ». Mais il obtint à l’époque une certaine renommée comme rénovateur de la peinture à l’encaustique, selon un procédé original dont il aura inlassablement revendiqué la paternité, et qui aurait convaincu des artistes aussi chevronnés que Jean Alaux, François Édouard Picot et Abel de Pujol.

Paillot avait une théorie selon laquelle la peinture connaissait depuis l’antiquité une décadence qui ne faisait qu’amplifier après la mort de Raphaël. Cette décadence s’expliquait notamment par l’abandon de l’encaustique – technique qu’il définit non par l’emploi de cire mais par l’usage du « cauterium (réchaud allumé), pour parfondre et faire un tout homogène du fond ou apprêt, avec les cires, les matières colorantes et les résines qui composaient le tout ».

Cette technique s’utilisait sur des supports rigides et absorbants, le bois en particulier; en résumé, elle consistait, à l’aide d’un système chauffant, à fusionner différentes couches de peinture, pour au final n’en n’avoir qu’une seule. La méthode présentait de nombreux avantages, comme des retouches faciles, le relief et la transparence, une excellente stabilité des couleurs et une grande résistance à l’humidité ou aux attaques de vers. Mais sa préparation nécessitait du temps et son application un vrai savoir-faire. Parmi les adeptes de cette technique, on trouve Eugène Delacroix (avec par exemple le tableau de Saint-Sulpice La lutte de Jacob avec l’Ange), ou encore Jasper Johns plus près de nous.

Le musée Fabre de Montpellier conserve le troisième des tableaux que Mademoiselle Legrand exposa au Salon sous le N°614, alors titré Ustensiles de ménage et légumes – on voit une jeune femme jouant avec son enfant. Dans le catalogue des oeuvres exposées au musée rédigé par André Joubin en 1926, le tableau, portant le N°650, est titré Intérieur de cuisine et décrit comme suit: « Au premier plan, légumes, homard, ustensiles de cuisine. Au fond à droite, une jeune femme et son enfant ».

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I - L, LEGRAND, Nouveautés, Scènes de genre, Tableaux de Salons