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Eugène Modeste LE POITTEVIN
(Paris, 1806 – Paris, 1870)

 

Poissons sur un rivage de la Manche

Huile sur panneau
Signé du monogramme et datée 1864 ou 1854 en bas à gauche
Cachet (cire rouge) de l’atelier apposé au dos du panneau
16 x 21 cm

 

Elève de Louis Hersent et de Xavier Leprince à l’école des Beaux-Arts, Le Poittevin (de son véritable nom Poidevin) échoua de peu au Prix de Rome en 1829, ce qui ne l’empêcha pas d’exposer dès 1831 au Salon, et ceci sans discontinuer jusqu’à sa mort.

Même s’il eut une activité d’illustrateur et de caricaturiste (cf ses recueils lithographiques de Diableries), l’essentiel de son oeuvre représente des scènes de retour de pêche et des marines sur le littoral normand et en particulier cauchois. Certains critiques de l’époque évoqueront le côté parfois répétitif de ses compositions.

Romantique dans les années 1820 et 1830 (avec des oeuvres proches de celles d’Isabey ou d’Auguste Biard, avec lequel il est ami et collabore parfois), son style devient progressivement plus réaliste par la suite.

A l’instar de Charles Mozin (un autre élève de Leprince) avec Trouville, il fait partie des premiers artistes à lancer le village d’Etretat comme une station balnéaire mondaine; c’est son ami Eugène Isabey qui lui a fait découvrir l’endroit, et il y acquière rapidement une maison, La Chauferette, où il accueillera notamment Gustave Courbet en 1869.

Il est nommé peintre officiel de la marine en 1849, à la suite de Louis-Ambroise Garneray, de Louis-Philippe Crépin et Théodore Gudin (ces deux derniers nommés en 1830).

Très apprécié de son temps, il reçoit plusieurs récompenses officiels lors des Salons: médaille de 1ère classe en 1836, de 2ème classe en 1831 et 1848, de 3ème classe en 1855. Son atelier parisien se situait au 5, cité Trévise, dans l’actuel 9ème arrondissement.

Autant les poissons étalés sur le rivage sont souvent un élément de décor dans ses scènes de retour de pêche, autant notre peinture est une des très rares natures mortes connues de l’artiste, toutes de petit format. Le terme de nature morte étant peut-être mal adapté, tant les poissons (maquereau et harengs) semblent « frais », brillants et semblent encore respirer, et tant la composition évoque la vie quotidienne des pêcheurs, ceux-ci venant de déposer sur la grève le fruit de leur pêche, leurs paniers, ainsi qu’un bonnet de fourrure rouge.

Même si ce tableau est parfaitement ancré dans le XIXème siècle, on y décèle l’influence de la peinture hollandaise du XVIIème siècle que Le Poittevin découvre lors d’un séjour aux Pays-Bas. Un certain nombre d’artistes hollandais se spécialisèrent ainsi dans les natures mortes de poissons: Alexander Adriaenssen et Pieter Van Boucle ne représentèrent pas que des poissons, et ils les accompagnaient souvent de légumes ou autres aliments, posés sur des entablements à l’intérieur de cuisines; Pieter de Putter (1605-1659) peignit lui exclusivement des poissons, mais également dans des intérieurs, ou parfois à l’extérieur mais sur des étals de poissonniers; c’est surtout de Jacob Gillig (1636-1701) que se rapproche le plus notre tableau, puisque ce dernier représentait ses poissons avec le même type d’empilement pyramidal, et avec pour fond un décor naturel de plage ou de rivage.

 

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I - L, LE POITTEVIN, Natures mortes, Nouveautés, Tableaux