About This Project

Antoine Claude PONTHUS-CINIER
(Lyon, 1812 – Lyon, 1885)

 

La Villa d’Este à Tivoli

 

Huile sur toile marouflée sur toile
Cachet d’atelier en bas à gauche
31 x 22 cm

 

Provenance: numéro 39 du catalogue de la vente après-décès de l’artiste, Lyon, salle N°2 de l’hôtel des commissaires-priseurs, 23/28 mars 1885

 

Ponthus-Cinier appartient à ce que l’on pourrait définir comme la troisième (et pour ainsi dire dernière) génération des paysagistes néo-classiques ou historiques, nés dans les années 1810/1820, comme Félix Lanoue, Achille Benouville, Paul Flandrin, Eugène Ferdinand Buttura ou encore Alfred de Curzon. Plus particulièrement, il est considéré comme le principal et le plus populaire représentant des paysagistes de l’école lyonnaise autour du milieu du XIXème siècle.

D’une personnalité généreuse, honnête, et d’agréable compagnie, Ponthus-Cinier était issu d’une famille de négociants du côté de sa mère et de magistrats du côté paternel; destiné au commerce par ses parents, il préféra la voie artistique, et après une inscription à l’école des beaux-arts de Lyon en 1829, et une formation parisienne auprès de Paul Delaroche, il exposa ses premières œuvres au Salon de Lyon de 1839, avant de participer à celui de Paris en 1841.

Cette même année, il reçut le deuxième prix de Rome du paysage historique (remporté par Buttura en 1837, et Benouville en 1845), battu par le Versaillais Félix-Hippolyte Lanoue. Pour se perfectionner, Ponthus-Cinier décida alors de partir en Italie, seul et à ses frais, pour un unique séjour entre 1842 et 1844; il découvrit la côte ligure, la Toscane, Naples, bien évidemment Rome et ses environs, et exécuta une quantité considérable d’études (esquisses peintes ou croquis à la plume) qui lui servirent à composer des vues d’Italie tout au long de sa carrière.

Les qualités principales de Ponthus-Cinier résident probablement dans « l’art d’éclairer une toile » comme l’écrit A. Jouve au XIXème siècle, et dans son sens de la perspective, parfois réellement extraordinaires; il semble en revanche, la plupart du temps, un peu moins brillant dans les figures et dans la transcription des détails. Quant au style de ses dessins au lavis brun, rehaussés de blanc, mais dans des tons assez sombres, il est reconnaissable entre tous.

 

Tivoli, situé à une trentaine de kilomètres de Rome, abrite la Villa d’Este, un joyau de l’architecture italienne qui fut construite par Ligorio à la fin du XVIème siècle pour le cardinal Hippolyte II d’Este (de la famille des Borgia); les bâtiments, mais surtout les jardins, proposant une multitude de fontaines, bassins, grottes, terrasses, sont mythiques.

Dans la première moitié du XIXème siècle, le site était très dégradé, conséquence de son abandon progressif depuis le milieu du XVIIIème siècle; ce n’est qu’en 1851, sous l’impulsion de Gustave de Hohenlohe, que la villa fut restaurée et acquis alors un statut de haut lieu culturel, avec par exemple de fréquents séjours de Franz Liszt. Le lieu devint après la 1ère guerre mondiale propriété de l’état italien, qui prit en charge la suite de la réhabilitation.

 

Le point de vue adopté par Ponthus-Cinier est celui du visiteur qui venait d’entrer dans les jardins de la villa par une porte donnant sur la route de Rome, quelques dizaines de mètres avant la porte d’entrée dans la cité de Tivoli. L’allée encadrée de cyprès monumentaux, avec une longue perspective sur un axe nord/sud, mène jusqu’au palais situé en hauteur; on reconnaît ainsi, de bas en haut, la fontaine des Dragons située au-dessus des marches, la coquille de la fontaine du Bicchierone, et la grande loggia construite sur deux niveaux.

La vue, une des plus iconiques pour la représentation du site, mais ici plus « ouverte » car légèrement décalée vers la droite, permet de placer les cyprès au centre de la composition et de visualiser l’arc situé à l’extrémité de la terrasse du Vialone. Elle est, notamment, très proche d’une huile sur panneau (41 x 30 cm) de William Collins (1788-1847) exécutée vers 1837 et conservée au Victoria & Albert Museum, d’une huile (46 x 32 cm) de 1841 d’Edward Lear (1812-1888), d’une aquarelle d’Achille Benouville (1815-1891) datée 1861 ainsi que d’une huile (40 x 32 cm) du même Benouville datée 1868.

On connait aussi des aquarelles de cette vue par Robert-Henry Cheney (1801-1866), Thomas Cromek (1809-1873) et Charles Vacher (1818-1883), réalisées dans une veine moins néo-classique; un peu plus tard, l’italien Ettore Roesler Franz (1845-1907) produira en nombre des représentations de la villa d’Este.

 

Il est difficile de dater avec certitude notre peinture, dans la mesure où Ponthus-Cinier produisit des sujets « italiens » jusqu’à sa mort et où stylistiquement l’oeuvre peut correspondre aussi bien aux années 1840 que 1860 (cf Benouville); toutefois, le petit format et l’incroyable restitution de la lumière italienne peuvent laisser penser à une étude peinte réalisée in-situ, et donc lors du séjour italien de 1842-1844.

Trois œuvres composaient le numéro 39 de la vente de la collection de Ponthus-Cinier, toutes de la même dimension, et portant les titres suivants, aussi vagues les uns que les autres, selon une habitude fréquente dans les catalogues de vente: Temple à Tivoli, Paysage, Arbres et temple. Notre tableau correspondrait plutôt au premier ou au troisième lot.

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M - P, PONTHUS-CINIER, Tableaux, Vues de sites